« Les classes moyennes à la dérive » de Louis Chauvel
Louis Chauvel, Les classes moyennes à la dérive, Paris, Seuil, coll. « La République des Idées », 2006.
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Les travaux de Louis Chauvel portent principalement sur les dynamiques et les transitions générationnelles. Dans son ouvrage, Le destin des générations, structures sociales et cohortes en France au XXe siècle (1998) (1), il souligne comment des variations conjoncturelles, notamment économiques, mais aussi politiques, ont des conséquences à long terme sur les individus et leurs perspectives – précisément, pour les nouvelles générations venant à l’âge adulte. Corollairement, il montre comment le processus de transition générationnelle opère un remplacement des générations vieillissantes par de nouvelles, elles-mêmes porteuses d’une stratification sociale qui leur est propre.
Puis, c’est avec la publication de l’ouvrage Les classes moyennes à la dérive (2006) (2) – que nous étudions aujourd’hui –, que L. Chauvel oriente plus spécifiquement ses recherches sur les « classes moyennes », sur leur morphologie et leurs dynamiques évolutives, dans une perspective comparée. S’agissant de la France, notre auteur met en évidence que les classes moyennes ont été associées, entre 1945 et 1975, à un modèle social particulier, à la fois sécurisant – tant pour les classes populaires ascendantes que pour la bourgeoisie descendante – et universalisant, car générant des avancées sociétales diffusées à l’ensemble de la population, au-delà des seules classes moyennes : « Propriété du logement, départs en vacances, retraites, salaire mensualisé, acquisition d’une automobile, contraception, égalité des genres, accès à l’université, etc. » (p. 10).
Mais depuis, avec le ralentissement de la croissance du salaire net et l’intériorisation d’un déclassement que devient social en plus d’être déjà scolaire, où « la situation globale de la jeune génération [devient] moins favorable que celle de ses parents » (p. 11), la classe moyenne a perdu de son lustre d’antan pour progressivement devenir, selon Chauvel, « un ensemble repoussoir dont il faut coûte que coûte sortir par le haut » (p. 13). Pour la société française dans son ensemble, ce revirement a des conséquences centrales, principalement parce que « l’efficacité économique, la stabilité sociale et la dynamique démocratique dépendent étroitement de la participation de ce groupe intermédiaire à la construction de l’avenir » (p. 10).
Pour tenter de mieux comprendre les enjeux entourant les classes moyennes au cœur des transformations plus globales de la société, nous nous pencherons, avec L. Chauvel, sur le problème de définition, avant d’analyser leur déstabilisation et ses effets, tant sur le plan collectif qu’individuel. Lire la suite »


