L'ATELIER

« Arriver au savoir, vous savez, on est dedans. » (Michel Foucault)

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« Les trois mondes de l’État-providence »

Gøsta Esping-Andersen, Les trois mondes de l’État-providence. Essai sur le capitalisme moderne, Paris, PUF, 2007 (1999) [traduction française de The three worlds of welfare capitalism, Cambridge (UK), Polity Press, Princeton (NJ), Princeton University Press, 1990].

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Publié en 1990 sous le titre The three worlds of welfare capitalism, c’est en 1999 qu’est proposé une première traduction française de l’ouvrage, titré alors Les trois mondes de l’État-providence. Essai sur le capitalisme moderne, avant qu’il ne soit réédité dans une traduction révisée en 2007, et augmenté d’une post-face inédite de l’auteur. C’est sur cette dernière édition que se base cette note.

Cette précision est importante car en un certain sens le titre anglais de l’ouvrage, de par son unicité, nous donne une indication peut-être plus juste que le titre français de l’objet d’étude en question ici. De fait, « welfare capitalism » suppose un plus grand degré d’intégration conceptuelle que la séparation syntaxique des termes « État-providence » et « capitalisme moderne » proposé dans la traduction française. Et cela n’est pas mince, car l’ouvrage de G. Esping-Andersen ne nous parle pas d’abord des États-providence, puis du capitalisme moderne, mais bien plutôt des interrelations constantes de ces deux notions considérées comme un tout indissociable. Autrement dit, à la lecture de ce texte, il apparaît impossible de considérer l’État-providence en dehors du capitalisme comme système de production et vice-versa : c’est bien là d’ailleurs ce qui en fait toute sa richesse autant que sa complexité. Ainsi l’auteur lui-même, dans l’introduction, nous suggère-t-il ce lien : « L’étude des États-providence est devenue un moyen privilégié pour comprendre la transformation intervenue dans le cours de l’histoire des sociétés capitalistes » (p. 15).

Enserré dans ces interactions pluridimensionnelles, l’étude ici proposée nous permet, par l’exercice comparatiste et par une très large ouverture d’esprit de l’auteur, de nuancer entre différentes formes d’État-providence, et surtout, comme le souligne F.-X. Merrien dans sa préface, « de se donner les moyens intellectuels de les distinguer » (p. 6). S’éloignant d’une compréhension trop générale (qui nierait les frontières et les traditions nationales) des processus à l’œuvre dans le capitalisme moderne, ce travail nous permet de préciser les évolutions en cours à travers cet objet particulier qu’est l’État-providence, ici considéré comme une « force active dans l’organisation des relations sociales » (p. 38). Lire la suite »

« Le libéralisme démocratique de John Rawls », par Catherine Audard

Catherine Audard, « Le libéralisme démocratique de John Rawls », in Qu’est-ce que le libéralisme ? Éthique, politique, société, Paris, Gallimard, coll. « Folio essais », 2010.

Sur l’ouvrage dans son entier je vous indique deux recensions :

– celle de Naël Desaldeleer sur le site de la revue Raison publique ; ainsi que l’entretien avec l’auteur ;

– celle d’Alain Policar sur le site Nonfiction.

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Catherine Audard enseigne depuis 1991 la philosophie à la London School of Economics, où elle dirige le Forum for European Philosophy. Elle a publié différents travaux sur l’utilitarisme dont Anthologie historique et critique de l’utilitarisme (1999) (1), et a traduit en français l’ouvrage éponyme de John Stuart Mill, Utilitarianism (1863) (2). Mais elle est surtout considérée comme une spécialiste de l’œuvre de John Rawls, dont elle a également traduit plusieurs ouvrages, en particulier A Theory of Justice (1971) (3) ou Political Liberalism (1993) (4), et sur lequel elle a écrit, notamment John Rawls, Politique et métaphysique (2004) (5).

Dernièrement – c’est l’objet même de cette note –, C. Audard a publié en 2009 une très riche contribution intitulée Qu’est-ce que le libéralisme ? Éthique, politique, société (6), dans laquelle elle revisite l’histoire du libéralisme pour mieux saisir ses continuités indéniables, tout en l’appréhendant sous ses diverses formes : du libéralisme classique – Hobbes, Locke, Hume, Mill, Tocqueville, etc. – au « nouveau libéralisme » – Keynes, Dewey, Hill Green, Bourgeois, Durkheim, Weber, etc. –, jusqu’au « néolibéralisme » – Popper, Hayek, Nozich, etc. Sortant d’une vision « économiste », elle l’analyse comme une philosophie, plus largement une éthique qui, malgré les métamorphoses, reste une matrice intellectuelle fondamentale dans le débat actuel.

Centrale dans les réflexions de C. Audard, l’œuvre de J. Rawls (7) apparaît sans cesse comme la recherche d’un dépassement des paradoxes, échecs et réussites, tant du libéralisme classique que du « nouveau libéralisme » – incarné par le welfare state du XXe siècle, et particulièrement de l’après-1945. Plus précisément, alors que devant l’échec de ce dernier, le néolibéralisme s’est imposé comme « la force idéologique dominante dans le monde à partir des années 80 » (p. 402), les travaux de J. Rawls s’opposent à cette trajectoire, et proposent une réponse proprement libérale et progressiste à la crise du « nouveau libéralisme welfariste ».

De fait, cette originalité rawlsienne, méconnue en France, suggère à notre sens d’en recenser les principales problématiques et caractères directeurs, à partir du chapitre que lui consacre C. Audard dans son ouvrage, chapitre intitulé simplement « Le libéralisme démocratique de John Rawls ». Organisée autour d’une critique de l’utilitarisme, d’une fine analyse des notions de « justice » et de « citoyen », et d’une réification d’un contractualisme procédural et socialement juste, la pensée rawlsienne, pour complexe qu’elle soit, appelle cette tentative de clarification. Lire la suite »

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