Le « care », outil critique
Illustration de Hendrik Willem Van Loon (Crédit image – Flickr)
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Dans plusieurs entretiens accordés au printemps 2010, la Première secrétaire du Parti socialiste, Martine Aubry, a réintroduit dans le champ politique, sans doute partiellement, le concept anglo-saxon de care, qu’elle envisage comme un liant social, ou comme la volonté d’établir « une société du respect, une société décente, une société du soin. » (1) Elle a également évoqué à plusieurs reprises cette revendication d’une « société du bien-être et du respect ». Cet appel politique à une « société du care » aura ainsi eu le mérite de souligner le pouvoir potentiel de ce large concept, du moins si l’on en juge au nombre des réactions qu’il a suscité tant à droite qu’à gauche, autant qu’il aura offert une porte d’entrée sur l’ensemble des débats théoriques très actuels qui s’y affèrent. En témoigne, comme l’ont notamment souligné des sites comme La vie des idées ou Nonfiction.fr (2), la publication ces dernières années de nombreux ouvrages et traductions autour du care (3).
Concept dont la traduction française s’avère très difficile, voire impossible, se rapportant tantôt au « soin », d’autres fois à la « sollicitude », parfois même à l’ « empathie », le care contient moins une conception politique susceptible d’être revendiquée comme telle, qu’un appareil d’analyse critique particulièrement fertile sur la société, ses inégalités, ses rapports sociaux et de genre, voire même sur les politiques publiques en charge de ces problématiques – principalement sur les différentes formes de l’État-providence et leur évolution.
Dans son article « Qu’est-ce que le social care ? Une revue de questions » publié en 2008 dans la Revue Française de Socio-Économie, C. Martin (4) se propose de distinguer trois niveaux de discussion autour du concept de care. Le premier niveau correspond au « débat de philosophie morale concernant l’éthique du care », qui s’interroge sur « les fondements philosophiques et moraux de ce “souci des autres” », en allant jusqu’à poser la question de « l’existence d’une moralité spécifiquement féminine » qui serait en quelque sorte inhérente au care lui-même. Le second niveau, se plaçant sur un plan plus clairement sociologique, met en évidence les pratiques de care et questionne les relations de sollicitude, principalement du point de vue du genre, des catégories sociales, ainsi que des postures et attitudes des individus dans ce type particulier de relation sociale. Quant au troisième niveau de discussion, il étend l’ensemble de ces différentes réflexions dans le champ des politiques publiques, champ que C. Martin appelle le social care.
Reprenant cette distinction des niveaux de discussion, nous tenterons de faire ressortir les principales propositions et enjeux critiques des réflexions sur le care, et ce, pour envisager de mieux comprendre la signification et le contenu d’un tel outil d’analyse. Utilisant exclusivement des sources provenant de revues scientifiques, au détriment d’une plongée plus ambitieuse dans l’ensemble de la littérature liée et/ou consacrée à notre objet d’étude, cette première tentative de « défrichage » est avant tout une recherche de clarification conceptuelle. Lire la suite »



