
Isabelle Sorente sur le plateau de Ce soir (ou jamais !) le 10 février 2010
Le jeudi 10 février dernier, en pleine grève des magistrats, à la suite des conclusions hâtives de Nicolas Sarkozy à propos du suivi judiciaire de Tony Meilhon, meurtrier présumé de Laëtitia Perrais, Frédéric Tadéi organisait sur le plateau de son émission Ce soir (ou jamais !) un débat sur cette question avec Marc Trévidic, magistrat, Isabelle Sorente, écrivain, Ivan Rioufol, journaliste, Jacques Testart, biologiste, Thierry Lévy, avocat, Joy Sorman, écrivain, Ramzy Bédia, comédien et Leila Bekthi, comédienne.
Lors de ce débat, j’ai été particulièrement frappé d’un échange (à 29:40) entre Ivan Rioufol, journaliste au Figaro prenant la défense de Nicolas Sarkozy dans ce débat, et l’écrivain Isabelle Sorente, qui a exprimé de manière très juste une idée fondamentale à avoir en tête dans ce débat. Tellement bien exprimée, que je retranscris ici la teneur de ce court échange.
* * *
Isabelle Sorente - « Il y a un autre problème, il me semble, qui est le subtil passage de la culpabilité à la dangerosité. Y’a une manipulation très grave. Moi aussi en tant que citoyenne je soutiens totalement le mouvement de la magistrature. Je ne pense pas du tout qu’il y ait la moindre caricature dans ce mouvement, et je pense que l’opinion, justement, est manipulée, c’est-à-dire qu’on fait appel à la compassion naturelle des gens envers la souffrance d’autrui, qui est naturelle, pour en fait l’accaparer à des fins de productivisme, de productivité. Et qu’est-ce qu’on veut en fait? On veut traquer l’erreur le plus en amont. Vous avez parler de monstres “possibles”, de monstres “potentiels”, c’est ça qui est très grave.
Ivan Rioufol – Ah bon ?
I. S. – Parce qu’on ne pourra jamais parler de potentiel. Comment on le devine ce potentiel ? En testant l’ADN des gens ? En allant regarder quand ils sont très jeunes si les enfants sont agités ? Et donc plus on veut éliminer la dangerosité en amont, plus, au contraire, on fabrique justement des monstres avérés. Et à ce moment là…
I. R. – … Il faut faire de la prévention…
I. S. – C’est pas de la prévention, ça part du fantasme que le risque zéro est possible. Le risque zéro n’est pas possible. Tant qu’on est vivant, tant qu’on est dans le monde réel, il peut se passer des accidents, la neige peut tomber en hiver, on peut mourir, on peut vieillir, et quelqu’un peut vous tuer, ou vous pouvez tuer quelqu’un. Ça c’est la vraie vie et le risque zéro n’existe pas, et ça, il faudra quand même dire qu’il y a une croyance irrationnelle à la base de cette exigence effrénée de productivisme, et l’opinion … ce n’est pas que l’opinion se sent abandonnée, on n’est pas des moutons sentimentaux, l’opinion se sent manipulée. Et l’opinion est manipulée. »