L'ATELIER

« Arriver au savoir, vous savez, on est dedans. » (Michel Foucault)

Catégorie: Notes non classées

L’importance des langues et des mots dans la comparaison

Recensé : Jean-Claude Barbier, « L’importance des langues et des mots dans la comparaison : traduction et controverses », Document de travail du Centre d’Économie de la Sorbonne, Université Paris 1, mai 2011.

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En lien avec la récession précédente de l’ouvrage de Dominique Méda et Hélène Périvier, Le deuxième âge de l’émancipation, et de manière plus générale, je vous indique la publication d’une communication de J.-C. Barbier intitulée « L’importance des langues et des mots dans la comparaison : traduction et controverses ».

Discutant, à la suite de B. Badie et G. Hermet (1), le rapport du sociologue comparatiste à la langue comme « système de sens donné », J.-C. Barbier souligne le lien entre l’exercice de comparaison internationale des politiques publiques et la pratique de la traduction pour deux raisons : d’abord le fait que la langue joue un rôle central dans tout exercice de la politique ; ensuite que l’interrogation sur la langue est une condition de l’investigation sociologique, liée elle-même à une recherche de vérité : « c’est à mon sens pour des raisons de recherche de la vérité et de l’exactitude que l’attention au langage est impérative » (p. 3). Lire la suite »

Considérations d’actualité sur les sondages et les référendums

Crédit image : Flickr – Ownipics

Coup sur coup sondages et référendums ont été mis en débat. Les premiers à l’occasion du sondage Harris Interactive pour le quotidien Le Parisien du samedi 5 mars 2011 et donnant Marine Le Pen en tête au premier tour des Présidentielles de 2012. Les seconds suite à la catastrophe nucléaire de la centrale de Fukushima au Japon et à l’appel de certains écologistes, dont le député de Paris, Yves Cochet, à la tenue d’un référendum sur la question nucléaire en France. Venant de terminer la lecture de l’ouvrage de Michel Callon, Pierre Lascoumes et Yannick Barthe, Agir dans un monde incertain. Essai sur la démocratie technique (Paris, Seuil, 2001), je vous livre ci-dessous un long extrait éclairant, présentant les sondages et les référendums comme les gardiens de la démocratie « représentative » (ou « délégative ») devant l’émergence – et la revendication – d’une démocratie qui se voudrait « dialogique », sinon « participative ». Pour ces auteurs, la démocratie représentative est fondée sur une double délégation qui lui est constitutive : d’une part la délégation de la recherche scientifique à des spécialistes, à des experts, qui ont progressivement organisés leurs recherches de manière confinée et isolée dans l’espace du laboratoire ; d’autre part la délégation de la représentation politique des citoyens à des professionnels de la représentation. Nos auteurs d’en appeler, à travers ce qu’ils nomment les « forums hybrides » à la reconnaissance de nouvelles procédures d’élaboration des politiques publiques qui, devant les incertitudes générées par le progrès scientifique et technique, tendraient à faire interagir les profanes et les spécialistes dans le cadre d’une démocratie dialogique, visant elle-même à élargir le champ des mondes possibles (et donc a fortiori des solutions) autant qu’elle redéfinit les frontières et les identités dans la composition du collectif. Une recension ad hoc de l’ouvrage sera publié prochainement. En attendant, bonne lecture de ces extraits (p. 212-215).

Le sondage d’opinion

Le sondage d’opinion est un instrument destiné à mieux cerner les raisons pour lesquelles le public en vient à ne plus faire confiance aux experts, voire à douter du progrès scientifique et technique. C’est ainsi qu’à l’initiative des pouvoirs publics et de grandes firmes multinationales de nombreux sondages ont été réalisés depuis la fin des années 80 pour suivre l’évolution de cette opinion vis-à-vis des biotechnologies et mesurer ce qu’il est convenu d’appeler leur degré d’acceptabilité sociale (1). Les enquêtes d’opinion consistent en des questionnaires passés auprès d’échantillons jugés représentatifs de la population dans son ensemble. Les questions posées visent à apprécier, par exemple, le degré d’optimisme des enquêtés vis-à-vis des applications pratiques des biotechnologies ou encore à corréler ces attitudes avec des positions sociales ou des niveaux d’éducation. De ces sondages, on retirera par exemple que le public, dans sa majorité, est inquiet des applications de la génétique à l’alimentation, alors que les applications en matière de santé sont bien acceptées. On établira par ailleurs que plus l’information du public est complète et riche et plus sa propension à soutenir les biotechnologies est élevée. Des conclusions comme celle-ci peuvent être également tirées : « L’enquête la plus récente montre que l’hystérie qui entoure les biotechnologies n’est pas représentative de l’opinion publique. » Lire la suite »

Sur la figure du « monstre potentiel »

Isabelle Sorente sur le plateau de Ce soir (ou jamais !) le 10 février 2010

Le jeudi 10 février dernier, en pleine grève des magistrats, à la suite des conclusions hâtives de Nicolas Sarkozy à propos du suivi judiciaire de Tony Meilhon, meurtrier présumé de Laëtitia Perrais, Frédéric Tadéi organisait sur le plateau de son émission Ce soir (ou jamais !) un débat sur cette question avec Marc Trévidic, magistrat, Isabelle Sorente, écrivain, Ivan Rioufol, journaliste,  Jacques Testart, biologiste, Thierry Lévy, avocat, Joy Sorman, écrivain, Ramzy Bédia, comédien et Leila Bekthi, comédienne.

Lors de ce débat, j’ai été particulièrement frappé d’un échange (à 29:40) entre Ivan Rioufol, journaliste au Figaro prenant la défense de Nicolas Sarkozy dans ce débat, et l’écrivain Isabelle Sorente, qui a exprimé de manière très juste une idée fondamentale à avoir en tête dans ce débat. Tellement bien exprimée, que je retranscris ici la teneur de ce court échange.

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Isabelle Sorente - « Il y a un autre problème, il me semble, qui est le subtil passage de la culpabilité à la dangerosité. Y’a une manipulation très grave. Moi aussi en tant que citoyenne je soutiens totalement le mouvement de la magistrature. Je ne pense pas du tout qu’il y ait la moindre caricature dans ce mouvement, et je pense que l’opinion, justement, est manipulée, c’est-à-dire qu’on fait appel à la compassion naturelle des gens envers la souffrance d’autrui, qui est naturelle, pour en fait l’accaparer à des fins de productivisme, de productivité. Et qu’est-ce qu’on veut en fait? On veut traquer l’erreur le plus en amont. Vous avez parler de monstres “possibles”, de monstres “potentiels”, c’est ça qui est très grave.

Ivan Rioufol – Ah bon ?

I. S. – Parce qu’on ne pourra jamais parler de potentiel. Comment on le devine ce potentiel ? En testant l’ADN des gens ? En allant regarder quand ils sont très jeunes si les enfants sont agités ? Et donc plus on veut éliminer la dangerosité en amont, plus, au contraire, on fabrique justement des monstres avérés. Et à ce moment là…

I. R. – … Il faut faire de la prévention…

I. S. – C’est pas de la prévention, ça part du fantasme que le risque zéro est possible. Le risque zéro n’est pas possible. Tant qu’on est vivant, tant qu’on est dans le monde réel, il peut se passer des accidents, la neige peut tomber en hiver, on peut mourir, on peut vieillir, et quelqu’un peut vous tuer, ou vous pouvez tuer quelqu’un. Ça c’est la vraie vie et le risque zéro n’existe pas, et ça, il faudra quand même dire qu’il y a une croyance irrationnelle à la base de cette exigence effrénée de productivisme, et l’opinion … ce n’est pas que l’opinion se sent abandonnée, on n’est pas des moutons sentimentaux, l’opinion se sent manipulée. Et l’opinion est manipulée. »

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