« Le libéralisme démocratique de John Rawls », par Catherine Audard

Catherine Audard, « Le libéralisme démocratique de John Rawls », in Qu’est-ce que le libéralisme ? Éthique, politique, société, Paris, Gallimard, coll. « Folio essais », 2010.

Sur l’ouvrage dans son entier je vous indique deux recensions :

– celle de Naël Desaldeleer sur le site de la revue Raison publique ; ainsi que l’entretien avec l’auteur ;

– celle d’Alain Policar sur le site Nonfiction.

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Catherine Audard enseigne depuis 1991 la philosophie à la London School of Economics, où elle dirige le Forum for European Philosophy. Elle a publié différents travaux sur l’utilitarisme dont Anthologie historique et critique de l’utilitarisme (1999) (1), et a traduit en français l’ouvrage éponyme de John Stuart Mill, Utilitarianism (1863) (2). Mais elle est surtout considérée comme une spécialiste de l’œuvre de John Rawls, dont elle a également traduit plusieurs ouvrages, en particulier A Theory of Justice (1971) (3) ou Political Liberalism (1993) (4), et sur lequel elle a écrit, notamment John Rawls, Politique et métaphysique (2004) (5).

Dernièrement – c’est l’objet même de cette note –, C. Audard a publié en 2009 une très riche contribution intitulée Qu’est-ce que le libéralisme ? Éthique, politique, société (6), dans laquelle elle revisite l’histoire du libéralisme pour mieux saisir ses continuités indéniables, tout en l’appréhendant sous ses diverses formes : du libéralisme classique – Hobbes, Locke, Hume, Mill, Tocqueville, etc. – au « nouveau libéralisme » – Keynes, Dewey, Hill Green, Bourgeois, Durkheim, Weber, etc. –, jusqu’au « néolibéralisme » – Popper, Hayek, Nozich, etc. Sortant d’une vision « économiste », elle l’analyse comme une philosophie, plus largement une éthique qui, malgré les métamorphoses, reste une matrice intellectuelle fondamentale dans le débat actuel.

Centrale dans les réflexions de C. Audard, l’œuvre de J. Rawls (7) apparaît sans cesse comme la recherche d’un dépassement des paradoxes, échecs et réussites, tant du libéralisme classique que du « nouveau libéralisme » – incarné par le welfare state du XXe siècle, et particulièrement de l’après-1945. Plus précisément, alors que devant l’échec de ce dernier, le néolibéralisme s’est imposé comme « la force idéologique dominante dans le monde à partir des années 80 » (p. 402), les travaux de J. Rawls s’opposent à cette trajectoire, et proposent une réponse proprement libérale et progressiste à la crise du « nouveau libéralisme welfariste ».

De fait, cette originalité rawlsienne, méconnue en France, suggère à notre sens d’en recenser les principales problématiques et caractères directeurs, à partir du chapitre que lui consacre C. Audard dans son ouvrage, chapitre intitulé simplement « Le libéralisme démocratique de John Rawls ». Organisée autour d’une critique de l’utilitarisme, d’une fine analyse des notions de « justice » et de « citoyen », et d’une réification d’un contractualisme procédural et socialement juste, la pensée rawlsienne, pour complexe qu’elle soit, appelle cette tentative de clarification. Lire la suite »