Expérience de vidéosurveillé
CCTV (Crédit image – Flickr – airdiogo)
L’article « La vidéosurveillance en trompe l’œil », publié dans le supplément « Culture & Idées » du Monde de ce samedi 29 octobre 2011 (édition abonnés uniquement), rappelle le rôle de précurseur du Royaume-Uni dans le développement de ce dispositif.
Cette lecture me remémore une expérience vécue en Angleterre, au printemps dernier, lorsque j’y séjournais dans le cadre d’une année d’étude. Expérience aussi étrange que brève.
Rentrant chez moi un soir, à la résidence universitaire, je retrouvai sur mon bureau un mot signé du « Hall of Residence Supervisor » m’enjoignant de venir le voir dès que possible le lendemain matin. La cuisine et les parties communes étant alors dans un lamentable état à cause de colocataires peu conscients du bien-être collectif, je crus à une convocation « rappel à l’ordre » – dont, au demeurant, je craignais y devoir justifier mon « innocence » en matière de saleté.
Le lendemain, à la première heure, je me rendis donc à l’accueil de la résidence, muni de ma convocation. Instantanément, les regards se sont faits sérieux de la part du personnel présent, qui m’a, sans attendre, dirigé vers le bureau dudit Supervisor. Celui-ci me salua d’un simple « All right » si caractéristique de sa personne, très british, et me fit asseoir devant son étroit bureau.
Il m’expliqua alors qu’un « incident » s’était produit la nuit précédent ma convocation, vers trois heures, sans plus de précisions, et qu’il devait en conséquence vérifier les bandes de CCTV pour comparer les caractéristiques de la personne présente sur la vidéo aux miennes. Il entreprit alors de démarrer l’ordinateur dédié, ce qui prit un certain temps, puis commença le visionnage sur les séquences « clés » – cela sans que je puisse regarder.
Il scruta attentivement mes lunettes, puis me demanda de lui présenter mes mains sur les deux faces. Il s’attarda d’ailleurs sur mes doigts, dont il souhaitait manifestement vérifier l’aspect. Et après avoir une nouvelle fois examiné mes montures, un long et stressant silence coula.
« Non, ce n’est définitivement pas vous, me dit-il, ajoutant avec insistance : Je suis vraiment désolé pour le dérangement. » J’étais disculpé.
Ne réalisant pas encore vraiment la portée du moment que j’étais en train de vivre, j’ai essayé d’en savoir plus, en vain. « L’enquête est en cours, je ne peux rien vous dire, m’a-t-il répondu. »
Ne pouvant qu’acquiescer, je suis reparti. Son salut se fit plus chaleureux qu’à mon arrivée. Une tension était subitement retombée. L’expérience, elle, n’en fût pas moins étrange.
Octobre 2011.







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