L’importance des langues et des mots dans la comparaison

by Jordan Parisse

Recensé : Jean-Claude Barbier, « L’importance des langues et des mots dans la comparaison : traduction et controverses », Document de travail du Centre d’Économie de la Sorbonne, Université Paris 1, mai 2011.

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En lien avec la récession précédente de l’ouvrage de Dominique Méda et Hélène Périvier, Le deuxième âge de l’émancipation, et de manière plus générale, je vous indique la publication d’une communication de J.-C. Barbier intitulée « L’importance des langues et des mots dans la comparaison : traduction et controverses ».

Discutant, à la suite de B. Badie et G. Hermet (1), le rapport du sociologue comparatiste à la langue comme « système de sens donné », J.-C. Barbier souligne le lien entre l’exercice de comparaison internationale des politiques publiques et la pratique de la traduction pour deux raisons : d’abord le fait que la langue joue un rôle central dans tout exercice de la politique ; ensuite que l’interrogation sur la langue est une condition de l’investigation sociologique, liée elle-même à une recherche de vérité : « c’est à mon sens pour des raisons de recherche de la vérité et de l’exactitude que l’attention au langage est impérative » (p. 3).

De surcroît l’article fait le constat, dans la pratique sociologique comparatiste, d’une « mésestimation de la langue ou [de] sa réduction abusive à un outil stratégique (au sens de Bourdieu, ndla» (p. 5) empêchant la juste prise en considération des « significations sociales » que recèlent un langage. Et des précis d’expérience de traduction d’Umberto Éco (2), J.-C. Barbier tire plusieurs éléments : (1) la tension inhérente à la pratique de traduction, entre sa dimension de « négociation » (entre la singularité de l’expression étrangère et son contexte social) et sa dimension inverse de « domestication » (qui, par l’appropriation d’une expression dans une langue étrangère, tend à effacer la singularité de ladite expression en langue originale) ; (2) la particulière importance de la langue du fait de l’existence des « concepts », faisant ainsi que « clarté de la pratique sociologique et clarté de la langue traduite se rencontrent » (p. 6) ; (3) le fait que la langue est « indissociablement code et significations »  (p. 6).

Enfin, l’auteur analyse la diffusion du mot-valise américain de « workfare » dans les analyses sociologiques européennes, liée à la fois à la disponibilité du mot et à son contenu symbolique, mais qui ouvre la voie à des simplifications et contradictions manifestes dans les analyses.

(1) Badie B. et Hermet G., 2001 (1ère éd. 1990, PUF), La politique comparée, Paris, A. Colin.

(2) Eco U., 2003, Dire quasi la stessa cosa, esperienze di traduzione, Milano, Bompiani.