Bâtiment Manny, Nantes (Crédit image – Flickr – l3enjamin)
Recensés :
- Worms J. P., « Le préfet et ses notables », Sociologie du travail, vol. 18, n° 3, 1966, pp. 249-275.
- Grémion P., « Introduction à une étude du système politico-administratif local », Sociologie du travail, vol. 1, 1970, pp. 51-73.
- Crozier M. et Thoenig J. C., « La régulation des systèmes organisés complexes. Le cas du système de décision politico-administratif local en France », Revue française de Sociologie, vol. 16, n° 1, janvier-mars 1975, pp. 3-32. Disponible ici.
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À travers l’étude de trois contributions fondatrices de la sociologie des organisations, la présente synthèse cherchera à clarifier les bases méthodologiques et théoriques concourant à renouveler, dans les années 1960, l’analyse des systèmes de pouvoir locaux en France, par le biais d’une approche sociologique alors en pleine construction. Aussi le regard empirique sur le système politico-administratif local servira-t-il d’introduction à ces réflexions nouvelles.
Chronologiquement le plus ancien, l’article de J. P. Worms, « Le préfet et ses notables » [1], paru en 1966 dans la revue Sociologie du travail, nous invite à une plongée empirique dans les relations de complémentarité, voire de complicité, entre les préfets et les notables locaux, et nous donne de précieuses indications quant à la représentation des rôles que peuvent avoir les acteurs.
L’article de P. Grémion, « Introduction à l’étude du système politico-administratif local » [2], se veut, lui, une revue plus théorique des outils conceptuels naissants permettant d’analyser les systèmes politico-administratifs locaux. Il fournit de surcroît des bases essentielles pour l’étude empirique, et permet de mieux situer les singularités, et donc l’intérêt, d’une approche sociologique.
Enfin l’article de M. Crozier et J. C. Thoenig, « La régulation des systèmes organisés complexes. Le cas du système de décision politico-administratif local en France » [3], est une contribution autant méthodologique qu’empirique permettant ainsi de systématiser les deux contributions précédentes. Introduisant le concept de « régulation croisée » pour expliquer les relations de pouvoir entre administration et élus, ce texte précise les modalités d’un nouveau paradigme d’analyse en germe dans les articles de J. P. Worms et P. Grémion précités.
D’une certaine façon, l’étude de ces trois contributions est une manière privilégiée de s’immerger dans les débats épistémologiques d’une science, la sociologie des organisations, en plein façonnement dans les années 1960, et dont les auteurs ici étudiés représentent la ramification française, travaillant tous pour le compte du Centre de sociologie des organisations (CSO). Cherchant à dépasser la normativité rationalisatrice des policy sciences américaines, cette sociologie nous invite à considérer des systèmes sociaux composés d’acteurs en interaction, et à la rationalité limitée, comme les cadres matriciels de fabrication des politiques publiques.
Tout l’enjeu pour nous est alors de comprendre dans quelle mesure l’étude du système politico-administratif local français des années 1960 est un prisme explicatif privilégié d’une nouvelle approche sociologique des systèmes locaux, comme ensembles interdépendants, régulateurs et conscients, au sein desquels les acteurs se prêtent à des jeux et stratégies visant au double maintien de leur propre position et de la stabilité institutionnelle.
Ce sera là l’occasion d’un développement qui mettra en évidence les mécanismes propres au système politico-administratif local (I), puis qui interrogera les modalités d’émergence d’un nouveau paradigme explicatif des systèmes organisationnels (II). Lire la suite