Sommes-nous représentés ?

Ci-dessous une interview avec Loïc Blondiaux, notamment connu pour son ouvrage Le nouvel esprit de la démocratie (2008), reprise du site La vie des idées, à la fois concise et très éclairante sur l’état actuel de la démocratie et sur les enjeux auxquels elle fait face.

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Expérience de vidéosurveillé

CCTV (Crédit image – Flickr – airdiogo)

L’article « La vidéosurveillance en trompe l’œil », publié dans le supplément « Culture & Idées » du Monde de ce samedi 29 octobre 2011 (édition abonnés uniquement), rappelle le rôle de précurseur du Royaume-Uni dans le développement de ce dispositif.

Cette lecture me remémore une expérience vécue en Angleterre, au printemps dernier, lorsque j’y séjournais dans le cadre d’une année d’étude. Expérience aussi étrange que brève.

Rentrant chez moi un soir, à la résidence universitaire, je retrouvai sur mon bureau un mot signé du « Hall of Residence Supervisor » m’enjoignant de venir le voir dès que possible le lendemain matin. La cuisine et les parties communes étant alors dans un lamentable état à cause de colocataires peu conscients du bien-être collectif, je crus à une convocation « rappel à l’ordre » – dont, au demeurant, je craignais y devoir justifier mon « innocence » en matière de saleté. Lire la suite

Système local, pouvoir périphérique et régulation croisée dans la France des années 1960

Bâtiment Manny, Nantes (Crédit image – Flickr – l3enjamin)

Recensés :

  • Worms J. P., « Le préfet et ses notables », Sociologie du travail, vol. 18, n° 3, 1966, pp. 249-275.
  • Grémion P., « Introduction à une étude du système politico-administratif local », Sociologie du travail, vol. 1, 1970, pp. 51-73.
  • Crozier M. et Thoenig J. C., « La régulation des systèmes organisés complexes. Le cas du système de décision politico-administratif local en France », Revue française de Sociologie, vol. 16, n° 1, janvier-mars 1975, pp. 3-32. Disponible ici.

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À travers l’étude de trois contributions fondatrices de la sociologie des organisations, la présente synthèse cherchera à clarifier les bases méthodologiques et théoriques concourant à renouveler, dans les années 1960, l’analyse des systèmes de pouvoir locaux en France, par le biais d’une approche sociologique alors en pleine construction. Aussi le regard empirique sur le système politico-administratif local servira-t-il d’introduction à ces réflexions nouvelles.

Chronologiquement le plus ancien, l’article de J. P. Worms, « Le préfet et ses notables » [1], paru en 1966 dans la revue Sociologie du travail, nous invite à une plongée empirique dans les relations de complémentarité, voire de complicité, entre les préfets et les notables locaux, et nous donne de précieuses indications quant à la représentation des rôles que peuvent avoir les acteurs.

L’article de P. Grémion, « Introduction à l’étude du système politico-administratif local » [2], se veut, lui, une revue plus théorique des outils conceptuels naissants permettant d’analyser les systèmes politico-administratifs locaux. Il fournit de surcroît des bases essentielles pour l’étude empirique, et permet de mieux situer les singularités, et donc l’intérêt, d’une approche sociologique.

Enfin l’article de M. Crozier et J. C. Thoenig, « La régulation des systèmes organisés complexes. Le cas du système de décision politico-administratif local en France » [3], est une contribution autant méthodologique qu’empirique permettant ainsi de systématiser les deux contributions précédentes. Introduisant le concept de « régulation croisée » pour expliquer les relations de pouvoir entre administration et élus, ce texte précise les modalités d’un nouveau paradigme d’analyse en germe dans les articles de J. P. Worms et P. Grémion précités.

D’une certaine façon, l’étude de ces trois contributions est une manière privilégiée de s’immerger dans les débats épistémologiques d’une science, la sociologie des organisations, en plein façonnement dans les années 1960, et dont les auteurs ici étudiés représentent la ramification française, travaillant tous pour le compte du Centre de sociologie des organisations (CSO). Cherchant à dépasser la normativité rationalisatrice des policy sciences américaines, cette sociologie nous invite à considérer des systèmes sociaux composés d’acteurs en interaction, et à la rationalité limitée, comme les cadres matriciels de fabrication des politiques publiques.

Tout l’enjeu pour nous est alors de comprendre dans quelle mesure l’étude du système politico-administratif local français des années 1960 est un prisme explicatif privilégié d’une nouvelle approche sociologique des systèmes locaux, comme ensembles interdépendants, régulateurs et conscients, au sein desquels les acteurs se prêtent à des jeux et stratégies visant au double maintien de leur propre position et de la stabilité institutionnelle.

Ce sera là l’occasion d’un développement qui mettra en évidence les mécanismes propres au système politico-administratif local (I), puis qui interrogera les modalités d’émergence d’un nouveau paradigme explicatif des systèmes organisationnels (II). Lire la suite

« Les trois mondes de l’État-providence »

Gøsta Esping-Andersen, Les trois mondes de l’État-providence. Essai sur le capitalisme moderne, Paris, PUF, 2007 (1999) [traduction française de The three worlds of welfare capitalism, Cambridge (UK), Polity Press, Princeton (NJ), Princeton University Press, 1990].

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Publié en 1990 sous le titre The three worlds of welfare capitalism, c’est en 1999 qu’est proposé une première traduction française de l’ouvrage, titré alors Les trois mondes de l’État-providence. Essai sur le capitalisme moderne, avant qu’il ne soit réédité dans une traduction révisée en 2007, et augmenté d’une post-face inédite de l’auteur. C’est sur cette dernière édition que se base cette note.

Cette précision est importante car en un certain sens le titre anglais de l’ouvrage, de par son unicité, nous donne une indication peut-être plus juste que le titre français de l’objet d’étude en question ici. De fait, « welfare capitalism » suppose un plus grand degré d’intégration conceptuelle que la séparation syntaxique des termes « État-providence » et « capitalisme moderne » proposé dans la traduction française. Et cela n’est pas mince, car l’ouvrage de G. Esping-Andersen ne nous parle pas d’abord des États-providence, puis du capitalisme moderne, mais bien plutôt des interrelations constantes de ces deux notions considérées comme un tout indissociable. Autrement dit, à la lecture de ce texte, il apparaît impossible de considérer l’État-providence en dehors du capitalisme comme système de production et vice-versa : c’est bien là d’ailleurs ce qui en fait toute sa richesse autant que sa complexité. Ainsi l’auteur lui-même, dans l’introduction, nous suggère-t-il ce lien : « L’étude des États-providence est devenue un moyen privilégié pour comprendre la transformation intervenue dans le cours de l’histoire des sociétés capitalistes » (p. 15).

Enserré dans ces interactions pluridimensionnelles, l’étude ici proposée nous permet, par l’exercice comparatiste et par une très large ouverture d’esprit de l’auteur, de nuancer entre différentes formes d’État-providence, et surtout, comme le souligne F.-X. Merrien dans sa préface, « de se donner les moyens intellectuels de les distinguer » (p. 6). S’éloignant d’une compréhension trop générale (qui nierait les frontières et les traditions nationales) des processus à l’œuvre dans le capitalisme moderne, ce travail nous permet de préciser les évolutions en cours à travers cet objet particulier qu’est l’État-providence, ici considéré comme une « force active dans l’organisation des relations sociales » (p. 38). Lire la suite

La biodiversité : éléments de cadrage

Escaliers et végétation, Newcastle upon Tyne

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Cette synthèse, réalisée dans le cadre d’une thématique de concours, a pour objet d’introduire et de cadrer la problématique de la biodiversité, dans sa dimension scientifique, économique, et dans une moindre mesure, politique. Il s’agira pour nous, dans un premier temps introductif, de définir la biodiversité, d’en résumer son émergence comme problème public à l’échelle internationale et d’identifier ses principaux acteurs. Dans un second temps, nous identifierons les principaux services et fonctions que fournit la diversité biologique, les instruments pour la mesurer, ainsi que le consensus scientifique international sur son déclin. Enfin, nous analyserons les principaux outils pour la préservation, qu’il s’agisse des aires protégées ou des outils d’ordre économique, avant de mettre en évidence les principales critiques concernant ces politiques de préservation et leurs fondements théoriques.

L’importance des langues et des mots dans la comparaison

Recensé : Jean-Claude Barbier, « L’importance des langues et des mots dans la comparaison : traduction et controverses », Document de travail du Centre d’Économie de la Sorbonne, Université Paris 1, mai 2011.

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En lien avec la récession précédente de l’ouvrage de Dominique Méda et Hélène Périvier, Le deuxième âge de l’émancipation, et de manière plus générale, je vous indique la publication d’une communication de J.-C. Barbier intitulée « L’importance des langues et des mots dans la comparaison : traduction et controverses ».

Discutant, à la suite de B. Badie et G. Hermet (1), le rapport du sociologue comparatiste à la langue comme « système de sens donné », J.-C. Barbier souligne le lien entre l’exercice de comparaison internationale des politiques publiques et la pratique de la traduction pour deux raisons : d’abord le fait que la langue joue un rôle central dans tout exercice de la politique ; ensuite que l’interrogation sur la langue est une condition de l’investigation sociologique, liée elle-même à une recherche de vérité : « c’est à mon sens pour des raisons de recherche de la vérité et de l’exactitude que l’attention au langage est impérative » (p. 3). Lire la suite

« Le deuxième âge de l’émancipation »

Dominique Méda et Hélène Périvier, Le deuxième âge de l’émancipation, Paris, Seuil, 2007.

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Publié en 2007, Le deuxième âge de l’émancipation est un essai engagé qui fait le point de manière claire et synthétique sur la situation socio-économique des femmes, notamment s’agissant de l’emploi ou de la répartition sociale des rôles dans la sphère familiale, et qui offre de nombreuses perspectives de réformes possibles. De fait, alors qu’en apparence la situation des femmes Françaises apparaît enviable par rapport à d’autres pays, du fait d’un haut niveau d’emploi et d’une forte fécondité, D. Méda et H. Périvier décrivent un état d’inachèvement, une « panne » du processus d’émancipation féminine en France : « Si dynamique d’émancipation il y eut à partir des années 1970, celle-ci marque aujourd’hui le pas » (p. 6).

De surcroît cette panne de l’émancipation s’inscrit dans une absence de débat politique et social, aujourd’hui, sur la question féminine. Les auteures se l’expliquent par un sentiment dominant qui considère l’émancipation comme réalisée, « accomplie » (p. 6), occultant de facto une situation sociale des femmes qui, loin d’être stabilisée, apparaît à l’analyse fragile, friable, et dont le retour en arrière n’est pas une hypothèse parfaitement incongrue.

Parallèlement, et devant les progrès réalisés depuis les années 1970 en matière d’émancipation des femmes, une véritable « rhétorique du choix » (p. 28) s’est développée, faisant des inégalités persistantes entre les hommes et les femmes la résultante de ce qui serait une volonté délibérée de ces dernières, répondant en cela à de supposées aspirations qui leurs seraient propres en tant que femmes, en particulier le fait de donner naissance et d’élever les enfants, ou encore d’avoir une vocation à la réalisation du travail informel domestique (dit de « care » dans la terminologie anglo-saxonne).

Or D. Méda et H. Périvier, par leur analyse précise, chiffrée et documentée, tordent le coup à cette idée de choix en envisageant la question de l’émancipation féminine comme un principe éminemment collectif et de nature sociale très large. Ainsi, « En réalité, les inégalités entre les sexes font partie intégrante de la question sociale : elles soulèvent des enjeux de justice pour les individus, mais aussi des enjeux économiques majeurs pour la société dans son ensemble » (p. 28). Lire la suite

Considérations d’actualité sur les sondages et les référendums

Crédit image : Flickr – Ownipics

Coup sur coup sondages et référendums ont été mis en débat. Les premiers à l’occasion du sondage Harris Interactive pour le quotidien Le Parisien du samedi 5 mars 2011 et donnant Marine Le Pen en tête au premier tour des Présidentielles de 2012. Les seconds suite à la catastrophe nucléaire de la centrale de Fukushima au Japon et à l’appel de certains écologistes, dont le député de Paris, Yves Cochet, à la tenue d’un référendum sur la question nucléaire en France. Venant de terminer la lecture de l’ouvrage de Michel Callon, Pierre Lascoumes et Yannick Barthe, Agir dans un monde incertain. Essai sur la démocratie technique (Paris, Seuil, 2001), je vous livre ci-dessous un long extrait éclairant, présentant les sondages et les référendums comme les gardiens de la démocratie « représentative » (ou « délégative ») devant l’émergence – et la revendication – d’une démocratie qui se voudrait « dialogique », sinon « participative ». Pour ces auteurs, la démocratie représentative est fondée sur une double délégation qui lui est constitutive : d’une part la délégation de la recherche scientifique à des spécialistes, à des experts, qui ont progressivement organisés leurs recherches de manière confinée et isolée dans l’espace du laboratoire ; d’autre part la délégation de la représentation politique des citoyens à des professionnels de la représentation. Nos auteurs d’en appeler, à travers ce qu’ils nomment les « forums hybrides » à la reconnaissance de nouvelles procédures d’élaboration des politiques publiques qui, devant les incertitudes générées par le progrès scientifique et technique, tendraient à faire interagir les profanes et les spécialistes dans le cadre d’une démocratie dialogique, visant elle-même à élargir le champ des mondes possibles (et donc a fortiori des solutions) autant qu’elle redéfinit les frontières et les identités dans la composition du collectif. Une recension ad hoc de l’ouvrage sera publié prochainement. En attendant, bonne lecture de ces extraits (p. 212-215).

Le sondage d’opinion

Le sondage d’opinion est un instrument destiné à mieux cerner les raisons pour lesquelles le public en vient à ne plus faire confiance aux experts, voire à douter du progrès scientifique et technique. C’est ainsi qu’à l’initiative des pouvoirs publics et de grandes firmes multinationales de nombreux sondages ont été réalisés depuis la fin des années 80 pour suivre l’évolution de cette opinion vis-à-vis des biotechnologies et mesurer ce qu’il est convenu d’appeler leur degré d’acceptabilité sociale (1). Les enquêtes d’opinion consistent en des questionnaires passés auprès d’échantillons jugés représentatifs de la population dans son ensemble. Les questions posées visent à apprécier, par exemple, le degré d’optimisme des enquêtés vis-à-vis des applications pratiques des biotechnologies ou encore à corréler ces attitudes avec des positions sociales ou des niveaux d’éducation. De ces sondages, on retirera par exemple que le public, dans sa majorité, est inquiet des applications de la génétique à l’alimentation, alors que les applications en matière de santé sont bien acceptées. On établira par ailleurs que plus l’information du public est complète et riche et plus sa propension à soutenir les biotechnologies est élevée. Des conclusions comme celle-ci peuvent être également tirées : « L’enquête la plus récente montre que l’hystérie qui entoure les biotechnologies n’est pas représentative de l’opinion publique. » Lire la suite

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